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expo expression decoloniales Nantes

Expression(s) décoloniale(s) : quand l’art vient déranger l’Histoire

Cela faisait un petit moment que je n'avais pas remis les pieds au Musée d'histoire de Nantes, installé dans le Château des ducs de Bretagne. La quatrième édition d'Expression(s) décoloniale(s) était une assez bonne raison d'y retourner.

Et probablement une bonne manière de constater qu'un musée peut lui aussi changer de langage.

L'exposition invite cette année trois personnalités : l'artiste brésilienne Rosana Paulino, le photographe sénégalais Omar Victor Diop et l'historienne béninoise Lylly Houngnihin. Leur travail vient se glisser dans le parcours permanent du musée plutôt que de s'installer tranquillement dans une salle à part.

L'art contemporain comme grain de sable

Le sujet colonial à Nantes n'est évidemment pas nouveau. La ville travaille depuis longtemps sur son rôle dans la traite atlantique et le musée présente objets, documents, maquettes et archives permettant d'en comprendre l'histoire.

Mais une archive explique ce qui a eu lieu. Une œuvre peut faire quelque chose de légèrement différent : elle peut rendre inconfortable la manière dont nous avons pris l'habitude de le regarder.

Expression(s) décoloniale(s) fonctionne beaucoup sur cette friction.

Les œuvres contemporaines apparaissent au milieu d'un récit historique déjà constitué. Elles ne cherchent pas tant à le remplacer qu'à révéler ses angles morts : qui raconte ? Qui est représenté ? Qui regarde qui ? Et surtout, de quel point de vue avons-nous appris à considérer ces images comme « normales » ?

Chez Omar Victor Diop, c'est particulièrement évident. Dans Diaspora, il reprend les codes très construits du portrait occidental et se met lui-même en scène pour redonner une présence à des figures africaines ou afrodescendantes que le grand récit européen a souvent reléguées à ses marges.

Ce sont de très belles images.

Mais leur beauté est presque un piège : on entre par l'esthétique avant de comprendre que la composition elle-même est en train de poser une question politique et historique.

Rosana Paulino procède autrement. Son travail s'intéresse notamment à la représentation des femmes noires, aux corps, à la mémoire et à ce que les images héritées des sociétés coloniales continuent à transporter avec elles.

Et c'est probablement ce que j'ai préféré dans le principe même de l'exposition : l'art n'y sert pas d'illustration à l'Histoire.

Il vient la contrarier.

Décoloniser un regard plutôt que réécrire une histoire

Le mot « décolonial » peut rapidement déclencher des discussions beaucoup plus bruyantes que les œuvres auxquelles il se rapporte.

Pourtant, ici, la proposition est assez subtile.

Il ne s'agit pas d'effacer les collections historiques pour les remplacer par une nouvelle vérité officielle. Il s'agit plutôt de prendre conscience que montrer est déjà une manière de raconter.

Un objet dans une vitrine n'est jamais complètement neutre.

Le choix de l'objet, son cartel, les mots employés, l'image placée à côté, ce que l'on montre avant et après : tout cela construit un récit.

Introduire dans ce parcours le regard d'artistes contemporains permet donc moins de « corriger » le musée que d'y introduire plusieurs points de vue.

Et finalement, c'est peut-être cela qui rend Expression(s) décoloniale(s) intéressante artistiquement : elle ne demande pas nécessairement au visiteur d'adhérer à un discours. Elle lui demande surtout de regarder une deuxième fois.

Et pendant ce temps, le musée a changé

Autre surprise de cette visite : le musée lui-même.

Cela faisait suffisamment longtemps que je n'étais pas revenu au Château pour découvrir plusieurs nouveaux dispositifs de médiation et écrans interactifs intégrés au parcours.

Et pour quelqu'un qui passe une bonne partie de son temps à réfléchir à des interfaces, des images et des façons de transmettre une information, c'est difficile de ne pas s'y arrêter.

Le numérique dans un musée peut très vite devenir le gadget que personne n'utilise : un écran tactile posé là parce qu'en 2026 il faut bien avoir un écran tactile quelque part.

Ici, j'ai plutôt eu le sentiment inverse.

Ces dispositifs permettent d'ajouter des niveaux de lecture sans transformer les murs en encyclopédie. On consulte, on explore, on approfondit si on en a envie — et on peut aussi continuer son chemin.

C'est finalement assez proche de ce que fait Expression(s) décoloniale(s) avec les collections du musée : ajouter une couche sans nécessairement effacer celle qui était là avant.

Et dans les deux cas, la question est finalement la même :

comment raconter autrement sans empêcher le visiteur de regarder par lui-même ?

C'est peut-être autant pour cette évolution du musée que pour l'exposition elle-même que la visite mérite le détour.

Expression(s) décoloniale(s) #4 est présentée au Musée d'histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne, jusqu'au 8 novembre 2026.

Infos pratiques

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Marius